Carte de France du groupe jeune
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Un sang neuf

Elle pourrait faire mille autres choses pour occuper ses loisirs, mais Hélène a choisi de s’investir dans une association de don du sang, dont la journée mondiale aura lieu vendredi. Cette jeune ingénieure en mécanique a trouvé là une manière d’offrir un peu de son humanité, et sans frimer.


par Catherine BELIN - 7HEBDO - Dimanche 9 juin 2013

Un sang neuf - Hélène Bouchy

Dans sa famille, personne ne donne son sang. « Je n’essaie pas de les convertir, chacun fait ce qu’il veut. C’est très personnel… » Voix calme, douce, posée. Hélène Bouchy, elle, tend son bras aussi souvent qu’elle le peut, depuis bientôt dix ans. La première fois, c’était au lycée de Montluçon. Initiation partagée avec une copine, entre deux cours de son année de prépa physique-techno. Elle avait poussé la porte du camion, accepté le questionnaire, la prise de sang, apprécié la collation, sans vraiment se poser de question.

Elle n’avait jamais été transfusée, et ne connaissait personne qui avait eu besoin de sang. « En sortant, je me suis sentie différente. C’est une expér i enc e par t i culière. » Elle est revenue à la collecte, un an plus tard. Puis régulièrement. Pourquoi ? Elle réfléchit un peu : « Pour aider quelqu’un qu’on ne connaît pas, sans rien attendre en retour. Le donneur ne connaît pas le receveur, et réciproquement ».

Cette générosité anonyme et le mystère qui l’entoure lui plaisent. Elle sourit : « En fait, pour moi, tout ça, c’est un bon enchaînement de rencontres ».

En 2006, elle s’investit à l’Institut français de mécanique avancée, près de Clermont-Ferrand, où elle a fait ses études : « J’ai organisé des collectes de sang dans cette école. Les étudiants que je contactais venaient volontiers ».

Quatre ans plus tard, embauchée en Lorraine, elle se tourne spontanément vers l’association locale des donneurs de sang. « C’est là que je me suis fait mes premiers contacts dans la région. J’ai trouvé rapidement des amis, et de tous les âges. » Le président Eric Brauer se souvient : « Elle est venue taper à la porte en disant "J’aimerais m’investir". Je lui ai répondu "Comment, tout de suite ?" Elle m’a persuadé en cinq minutes ! ». Aujourd’hui, à 27 ans, cette ingénieure dans une entreprise de mécanique sarrebourgeoise consacre la moitié de son temps libre à l’association locale des donneurs de sang, dont elle est devenue la secrétaire générale la plus jeune de l’histoire.

Toujours active et discrète, elle fonde une commission jeunes à l’échelle départementale et intervient au niveau national. « Le but, c’est de se déployer dans toutes les régions, d’aider les petites commissions jeunes et de trouver des idées d’animation pour recruter de nouveaux donneurs », explique Hélène.

À Sarrebourg, elle organise avec la même énergie les collectes dans les espaces militaires (moyenne d’âge des soldats, 22 ans) et dans différentes entreprises. « En avril dernier, nous avons tenu un stand au salon de la moto de Yutz, c’était vraiment bien ! Les motards, c’est déjà un public sensibilisé.

» Point de suspension, et rire. « Bon, bien sûr, il y en a toujours qui craignent la piqûre. » Elle s’enthousiasme : « Cet été nous serons sur un char de la Fête de la mirabelle, à Metz ». Pour quelqu’un qui aime l’anonymat, Hélène Bouchy devient de plus en plus visible. Une contradiction qui l’amuse. « On y prend goût. Mais surtout, c’est le seul moyen de trouver de nouveaux donneurs. Et la vraie récompense, c’est quand on a réussi à convaincre quelqu’un, lorsqu’il a signé une promesse de don. »

En 2012, plus de trois millions de dons de sang ont été effectués, un chiffre en légère hausse. Les besoins ne faiblissent pas, et la jauge de sécurité nationale est estimée à quatorze jours de stock. Le sang et ses dérivés sont traités par l’Établissement français du sang, puis cédés aux hôpitaux et aux laboratoires habilités qui fabriquent les médicaments (le prix d’une poche de concentré de globules rouges, fixé par décret pour couvrir les frais de collecte et de traitement, se monte à 183,84 €). Aujourd’hui, les receveurs sont surtout des personnes âgées et malades, plus que des accidentés. Les contre-indications, de plus en plus contrôlées, compliquent l’activité de propagande des associations et augmentent les frais des collectes.

Les donneurs de sang peinent à renouveler leurs effectifs. Les études le notent, on donne plus après 50 ans qu’avant 40 ans. Le peloton de retraités, le gros de la troupe des bénévoles, guette toutes les initiatives prises par la jeune génération. Atteindre les élus, les sportifs, les enfants, pour faire passer le message, c’est donc le défi que se lancent les jeunes donneurs de sang, notamment en faisant chauffer leurs réseaux sociaux. Ils sont convaincus d’appartenir à une famille : « Lorsque je voyage, si je vois un stand de don du sang, je vais à la rencontre des bénévoles, pour échanger nos expériences », raconte Hélène.

Elle-même s’est convaincue de faire un pas de plus sur le chemin du don, en s’inscrivant au fichier national des donneurs de moelle. « C’est une suite logique. » Évidente, même, pour Hélène.

L’appel du14 juin

Cette année, la France est le pays d’accueil de la journée mondiale des donneurs de sang. 190 pays célèbrent cet événement, qui se déroule chaque année le 14 juin, anniversaire de la naissance de Karl Landsteiner (1868-1943), découvreur du système ABO des groupes sanguins. Ce vendredi, donc, le public est invité à venir donner son sang dans les centres de collectes qui seront ouverts (dix sites en Lorraine et Champagne, dont Nancy, Vandoeuvre-lès-Nancy, Saint-Avold, Saint-Dié, Verdun, Metz, Forbach, Épinal). La journée mondiale est une occasion de promouvoir les valeurs éthiques des donneurs de sang, reposant sur trois fondamentaux : bénévolat, anonymat, volontariat. Un colloque se tiendra ce jour-là au siège parisien de l’Unesco, sur des questions d’éthique et d’autosuffisance.

 

www.dondusang.net
Tél. n°vert : 0 800 109 900